- Qu’est-ce que la clause de tontine immobilière ?
- Comment fonctionne la tontine immobilière ? Les étapes
- Pourquoi utiliser une tontine immobilière ?
- Les limites et risques de la clause de tontine immobilière
- Fiscalité de la tontine immobilière à la succession
- Tontine, indivision, SCI : comparatif pour acheter à deux
- Clause de tontine immobilière : avantages et inconvénients
L'essentiel
Qu’est-ce que la clause de tontine immobilière ?
La clause de tontine immobilière est une clause rédigée par le notaire et insérée directement dans l’acte d’achat d’un bien immobilier acquis à plusieurs (le plus souvent à deux mais sans limite de nombre). Elle peut également être appelée pacte tontinier ou clause d’accroissement.
La tontine immobilière prévoit qu’au décès du premier acquéreur, sa part s’éteint automatiquement et le survivant devient rétroactivement propriétaire de la totalité du bien depuis la date d’achat initiale.
Le bien ne passe jamais par la succession du défunt. Ses héritiers n’ont aucun droit à faire valoir sur ce logement.
La tontine repose sur ce que les juristes appellent une fiction juridique. La loi fait “comme si” le survivant avait acheté le bien seul depuis le premier jour, en effaçant rétroactivement la copropriété.
Prenons un exemple concret :
- A et B achètent ensemble un appartement avec une clause de tontine immobilière ;
- A décède ;
- Juridiquement, l’administration considère que B a toujours été le seul propriétaire de cet appartement, même si A a participé au financement ;
- Les héritiers de A ne peuvent donc pas réclamer leur part sur ce bien.
La clause s’adresse le plus souvent à des couples (concubins, pacsés, mariés en séparation de biens), mais aucune condition de lien familial ou affectif n’est requise. Des frères et sœurs ou des amis peuvent tout à fait y recourir.
Cette mécanique protège le conjoint survivant, mais elle comporte aussi des conséquences importantes qu’il faut anticiper, notamment en cas de séparation et sur le plan fiscal.
Les avantages de la tontine immobilière
- La tontine immobilière apporte une protection très forte au conjoint ou partenaire survivant.
- La clause de tontine immobilière permet d’éviter les situations d’indivision avec les héritiers.
- La mise en place du pacte tontinier se fait assez simplement chez le notaire lors de l’achat.
- Le conjoint survivant (marié ou pacsé) profite d’une exonération totale des droits de succession.
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Comment fonctionne la tontine immobilière ? Les étapes
De la mise en place chez le notaire jusqu’au décès du premier co-acquéreur, voici comment la tontine immobilière s’articule dans la pratique.
Quand la mettre en place ?
La clause de tontine immobilière se met en place uniquement au moment de l’achat, en la faisant insérer par le notaire dans l’acte d’achat du bien. Il n’existe pas de possibilité de l’ajouter après coup sur un bien déjà acquis.
Pour que la clause de tontine immobilière soit juridiquement valable, deux conditions doivent être réunies au moment de l’achat :
- Des espérances de vie comparables entre les deux acquéreurs
La tontine repose sur un aléa : au moment de la signature, l’ordre des décès est totalement inconnu. Si cet aléa disparaît ou est trop déséquilibré, la clause perd sa validité juridique et peut être requalifiée en donation. Par exemple, un grand écart d’âge entre les acquéreurs ou une maladie grave diagnostiquée chez l’un d’eux peuvent compromettre la validité de la clause.
- Une contribution financière de chaque acquéreur
Chacun des acquéreurs doit participer au financement du bien, que ce soit via un apport personnel, un emprunt ou une combinaison des deux. Si l’un finance la totalité de l’achat et que l’autre ne contribue pas, la tontine risque là encore d’être requalifiée en donation déguisée.
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Pendant la vie commune
Du côté pratique, la vie quotidienne ressemble à n’importe quel achat immobilier à deux :
- Les deux acquéreurs occupent ou gèrent le bien ensemble ;
- Les décisions importantes (revente, travaux lourds, mise en location) requièrent l’accord des deux parties.
Ce point de l’unanimité dépasse la simple gestion courante : la clause de tontine immobilière ne peut pas non plus être annulée unilatéralement.
Tant que les deux acquéreurs sont en vie, aucun d’eux ne peut décider seul de sortir du pacte ou de forcer la vente du bien. Toute modification suppose l’accord des deux.
C’est précisément ce qui rend la tontine si protectrice au décès, et potentiellement bloquante en cas de mésentente (voir partie sur les limites).
Au décès du premier acquéreur
Au décès du premier acquéreur, le survivant devient immédiatement l’unique propriétaire du bien. Le défunt est considéré comme n’ayant jamais été propriétaire du bien. Ce dernier ne fait pas partie de son patrimoine.
Les héritiers du défunt ne disposent donc d’aucun droit de propriété sur le bien, même si le conjoint décédé avait financé la majeure partie de l’achat.
Notons qu’il n’y a aucune démarche particulière à effectuer pour que les conséquences de la tontine soient officielles.
Pourquoi utiliser une tontine immobilière ?
La tontine répond à plusieurs situations concrètes, souvent liées à la volonté de protéger un partenaire que la loi ne protège pas automatiquement.
Protéger son conjoint, partenaire ou concubin
La tontine immobilière répond en priorité à un besoin de sécurité. Elle permet de garantir que le survivant conserve le logement commun, sans que les enfants ou les parents du défunt puissent s’y opposer.
Pour les couples non mariés (concubinage ou Pacs), l’enjeu se révèle particulièrement fort. Sans clause de tontine ni testament, la loi ne prévoit aucune protection automatique du partenaire survivant. Le bien entre alors dans la succession légale et revient aux héritiers du défunt.
Pour les couples mariés, la situation dépend du régime matrimonial :
- Régime de la communauté légale (le plus courant en France)
- La clause de tontine immobilière ne peut pas être utilisée. Un bien acheté en commun intègrerait automatiquement la communauté, et insérer un pacte tontinier porterait atteinte au principe d’immutabilité des régimes matrimoniaux.
- Une seule exception existe : si chacun des deux époux finance l’achat exclusivement avec des fonds propres.
- D’autres outils existent pour protéger le conjoint survivant dans ce cas : clause de préciput dans le contrat de mariage, testament, etc.
- Régime de la séparation de biens
- La clause de tontine immobilière trouve tout son intérêt. Sous ce régime, chaque époux reste propriétaire de ses biens propres, à l’image des concubins. Au décès de l’un, sa part dans un bien acheté en commun entrerait dans sa succession sans protection particulière du survivant.
- La tontine permet d’éviter ce scénario, avec le même effet protecteur que pour un couple non marié, et une exonération fiscale totale au décès grâce au statut de conjoint marié (plus d’informations dans la partie Fiscalité).
Gérer les situations de familles recomposées et éviter l’indivision
Dans une famille recomposée, l’achat d’un bien immobilier à deux peut rapidement créer des situations délicates au décès.
Sans clause d’accroissement, la part du défunt entre dans sa succession et peut revenir à ses enfants d’un premier lit, qui se retrouvent alors en indivision sur le bien avec le conjoint survivant.
Cette situation peut être source de blocage ou de conflits si les indivisaires n’ont pas les mêmes souhaits concernant le logement.
Avec une tontine immobilière, le survivant reste seul propriétaire du logement.
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Les limites et risques de la clause de tontine immobilière
La tontine offre une protection forte, mais elle comporte aussi des contraintes importantes qu’il faut connaître avant de s’engager.
Un pacte rigide, source de blocages en cas de désaccord
Contrairement à une indivision classique dont chaque indivisaire peut demander la dissolution à tout moment, y compris en justice, la tontine ne peut pas être défaite unilatéralement.
Toute décision concernant le bien (vente, modification de la clause, résiliation anticipée du pacte) exige l’accord unanime de tous les co-acquéreurs. Aucun recours judiciaire ne permet de contraindre l’autre partie à vendre ou à sortir du pacte.
Si cette unanimité est obtenue, trois issues sont possibles :
- La revente du bien, les fonds étant répartis selon les apports initiaux de chacun ;
- Le rachat des droits d’un tontinier par l’autre ;
- La requalification du contrat d’achat par accord mutuel, qui sort le bien du régime tontinier.
En l’absence d’accord, notamment en cas de mésentente ou de séparation du couple, la situation reste bloquée jusqu’au décès de l’un des co-acquéreurs.
C’est le principal inconvénient de la tontine : sa protection inébranlable au décès trouve sa source dans sa rigidité inconfortable en cas de désaccord.
Un outil parfois inadapté à la situation
La tontine immobilière ne convient pas à tous les profils ni à tous les projets :
- Gros écart d’âge entre les acquéreurs : si la différence d’âge est trop importante, l’ordre des décès devient prévisible et la clause est invalide faute d’aléa suffisant. La tontine n’est tout simplement pas envisageable dans ce cas.
- Projet de revente à court ou moyen terme : la rigidité du pacte tontinier peut compliquer ou retarder la vente.
- Investissement locatif entre plusieurs associés : la tontine ne répond pas aux besoins de souplesse et de gestion partagée que requiert ce type de projet.
- Patrimoine complexe : lorsque la situation familiale et patrimoniale nécessite une stratégie globale, d’autres outils (SCI, démembrement, assurance vie) peuvent mieux répondre aux objectifs.
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Fiscalité de la tontine immobilière à la succession
Sur le plan civil, le survivant ne reçoit rien : il a toujours été propriétaire. Le fisc, lui, voit les choses autrement.
Qu’est-ce qui est taxé ?
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les droits de mutation ne portent pas sur la valeur totale du bien, mais uniquement sur la quote-part que le défunt avait financée à l’origine.
Si deux concubins ont acheté un bien à parts égales, seule la moitié de la valeur du bien entre dans le calcul des droits dus par le survivant.
C’est un point important à avoir en tête pour évaluer le coût fiscal réel d’une tontine immobilière, notamment pour les concubins.
Les règles fiscales selon le statut du couple
Malgré la logique civile de la tontine immobilière, l’administration fiscale considère qu’une transmission a lieu au décès. Le survivant peut être soumis à des droits de succession. Le traitement fiscal dépend du lien entre les deux acquéreurs :
| Lien entre les acquéreurs | Droits de succession |
|---|---|
| Conjoints mariés | Exonération totale |
| Partenaires pacsés | Exonération totale |
| Concubins | 60 % au-delà d'un abattement de 1 594 € |
| Frères et sœurs | 35 % entre 15 932 € et 24 430 €, puis 45 % |
| Autres (amis, etc.) | 60 % au-delà d'un abattement de 1 594 € |
Voici deux précisions importantes à garder en tête :
- Concernant la succession en cas de Pacs : contrairement aux conjoints mariés, les partenaires pacsés ne se retrouvent pas automatiquement héritiers l’un de l’autre. Pour que le survivant puisse hériter des autres biens du défunt au-delà du bien acquis en tontine, il est indispensable de rédiger un testament. Néanmoins, l’exonération fiscale s’applique.
- Sur les résidences principales de moins de 76 000 € : lorsque le bien acquis en tontine constitue la résidence principale commune des deux acquéreurs et que sa valeur au moment du décès reste inférieure à 76 000 €, la part transmise au survivant échappe aux droits de succession, même entre concubins. Seuls les droits de mutation à titre onéreux s’appliquent, fixés au maximum à 5,81 %.
Ce que ça représente concrètement pour les concubins
Plus la valeur vénale du bien grimpe, plus les droits à régler au décès pèsent sur le concubin survivant.
Notons que les droits de mutation ne portent pas sur la valeur totale du bien, mais uniquement sur la quote-part que le défunt avait financée à l’origine.
Prenons un exemple concret :
- Deux concubins, A et B, achètent ensemble un appartement de 200 000 € à parts égales, soit 100 000 € chacun ;
- Au décès de A, B recueille la quote-part de A, soit 100 000 € ;
- Les droits de succession à payer seront : (100 000 – 1 594) x 60 % = 59 044 €, une somme qui peut contraindre le survivant à vendre le bien pour s’en acquitter.
Tontine, indivision, SCI : comparatif pour acheter à deux
Avant de choisir la clause de tontine immobilière, il convient de comprendre ce qui la distingue concrètement des autres façons d’acheter à deux. Chaque solution répond à une logique différente.
Comment fonctionne chacun de ces montages ?
L’indivision classique
Il s’agit du régime par défaut lorsqu’on achète un bien à plusieurs sans rien préciser. Chaque acquéreur possède une quote-part du bien, selon les apports de chacun.
Cette quote-part entre dans sa succession au décès : ses héritiers deviennent alors copropriétaires du bien avec le survivant, ce qui peut générer des conflits ou des blocages.
L’indivision offre en revanche une certaine souplesse de son vivant : chacun peut demander à sortir de l’indivision à tout moment, notamment via une procédure de licitation (vente amiable ou judiciaire).
La SCI
La SCI (société civile immobilière) repose sur une logique entièrement différente. Le bien n’appartient pas directement aux acquéreurs, mais à une société dont chacun détient des parts sociales. Ce montage offre une grande souplesse pour organiser la transmission de patrimoine et la gestion du bien.
En contrepartie, il implique la rédaction de statuts, une comptabilité annuelle et une gestion administrative régulière. La SCI répond rarement aux seuls besoins de protection du conjoint survivant pour une résidence principale. Elle s’envisage surtout dans des stratégies patrimoniales globales plus complexes (multipropriété familiale, gestion de patrimoine professionnel).
Tableau comparatif : indivision, SCI et clause de tontine immobilière
Le tableau ci-dessous synthétise les principales différences entre tontine immobilière, indivision et SCI :
| Critère | Indivision classique | SCI | Clause de tontine immobilière |
|---|---|---|---|
| Protection du survivant au décès | Faible (héritiers copropriétaires) | Moyenne (selon statuts) | Très forte |
| Souplesse en cas de séparation | Bonne (“nul ne peut être contraint à rester dans l’indivision”) | Bonne à moyenne (cession des parts) | Très faible |
| Complexité de mise en place | Faible | Élevée (statuts, comptabilité) | Faible (clause dans l'acte d’achat) |
| Fiscalité du concubin au décès | 60 % au-delà de 1 594 € sur la quote-part héritée | Variable selon le montage et le régime fiscal de la SCI | 60 % au-delà de 1 594 € sur la quote-part du défunt |
| Fiscalité du couple marié/pacsé au décès | Exonération | Exonération | Exonération |
| Rigidité du dispositif | Faible | Faible à moyenne | Élevée |
| Adapté pour la résidence principale | Oui | Oui, sous conditions (plus-value non exonérée si SCI à l'IS) | Oui |
La meilleure solution dépend avant tout de la situation du couple : régime matrimonial, présence d’enfants, valeur du bien, horizon de détention et objectifs patrimoniaux.
Clause de tontine immobilière : avantages et inconvénients
Avantages
-
Permet de favoriser une personne (souvent le conjoint) par rapport aux héritiers
-
Facile à mettre en place, insertion d’une clause dans l’acte d’achat du bien immobilier
-
Aucune fiscalité en cas de tontine entre époux ou partenaires de Pacs
Inconvénients
-
Droits de succession pour le concubin au premier décès
-
Accord des deux acquéreurs indispensable pour partager ou vendre le bien
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